Le point sur le frelon asiatique
Devant le développement exponentiel du frelon asiatique, de nombreux témoignages ne s’accordent pas toujours. Que penser alors ? Est il agressif et dangereux ? Quel impact sur notre écosystème ? Doit on réellement s’inquiéter, ou bien des solutions finiront par se mettre en place d’elles-mêmes, comme c’est le cas dans la plupart des crises ?
Mon avis de professionnel de la désinsectisation est que la situation est vraiment préoccupante, et dans tous les domaines. Je détruis les nids de frelons asiatiques depuis 2 ans et beaucoup de mes clients me rapportent leurs observations. Certaines descriptions vous étonneront, mais vous trouverez bien plus de détails dans un rapport dont les coordonnées Internet sont à la fin de cet article, qui n’en est que le résumé.
Disparition des insectes, et destructions de ruchers :
En plusieurs endroits de la Gironde, on n’observe plus un seul insecte sur des fleurs qui en attiraient beaucoup, et de toutes sortes, il y a seulement un an. En octobre 2007, il n’y a plus qu’un ou 2 frelons asiatiques qui passent rapidement sur ces fleurs, mais sans s’arrêter, comme pour voir s’il n’y a pas d’insectes à dévorer. Un tel résultat sur la faune n’est pas étonnant vu le nombre de nids : d’octobre à décembre2007, les pompiers de Gironde ont détruit 700 nids !
A St Macaire, sur 300mètres le long de la Garonne, on en compte 5, et sur la seule commune de Villenave d’Ornon : 27 nids ! Alors que le frelon européen est quasiment absent avant juillet, l’asiatique se manifeste dès le 15 mai. Certains ruchers ont été totalement détruits, sans une seule ruche survivante ; les frelons avaient dévoré les abeilles, le couvain, le miel, et même la cire, comme peut en témoigner Raymond Saunier, le président du Syndicat Apicole de la Gironde !
Témoignages divergents sur le Vespa Velutina.
Les uns vous disent : « Le frelon n’est pas agressif si on ne l’ennuie pas », et d’autres vous rapportent l’histoire inquiétante de victimes transportées d’urgence à l’hôpital. Clarifions la question par 4 exemples.
Un gros nid situé sur une terrasse fréquentée régulièrement par l’habitant est rarement agressif : les frelons sont habitués à voir du monde.
S’ils n’y sont pas habitués, et qu’on vient doucement les observer à 3 mètres, ils peuvent vous accepter (parfois seulement quelques minutes), comme ils peuvent manifester immédiatement de la méfiance. Si 1 ou 2 s’envolent vers vous, ou s’il en sort plusieurs à la surface du nid, il est grand temps de reculer doucement. Si beaucoup s’agitent à la surface du nid, l’attaque est imminente.
Ils sont plus agressifs quand quelqu’un « s’approche » d’eux sans précaution et qu’ils n’ont jamais vu personne aussi près. Certains de mes clients ont découvert le nid parce que des frelons venaient subitement sur eux : ils venaient de passer à 3 ou 4 mètres d’un nid pendu sous l’avant-toit !
Enfin quand ils se sentent vraiment agressés, vous subissez une attaque toujours plus violente qu’avec le frelon européen. Trop de gens ont véhiculé la réputation d’un insecte qui ne serait pas spécialement agressif ni dangereux, mais tout dépend des circonstances dans lesquelles on côtoie le frelon. Mon expérience de lutte contre le anti frelon asiatique, (lutte quotidienne certains mois de l’année !) me fait dire qu’il est bien plus redoutable que son cousin européen.
Sans qu’on l’agresse, il présente à mon avis plus de risque que l’européen : j’ai l’exemple d’un arbre à 40 m d’une cours de maternelle, avec un ni à 20 m de haut. Régulièrement les frelons tournaient nerveusement autour des enfants, et il y a eu au moins 1 piqûre avant que j’intervienne ; je n’imagine vraiment pas ce comportement avec l’européen. Autre danger : le décrochement d’un nid qui tombe au sol ; j’en connais au moins 3 exemples en 2007, mais je suis loin d’être au courant de tous les incidents survenus en Gironde.
Un comportement plus agressif que chez le frelon européen :
Les asiatiques vous attaquent toujours en grand nombre, leur vol est plus vif que celui des européens, et les piqûres sont multiples.
Les colonies d’asiatiques sont beaucoup plus réactives que celles d’européens. C’est ce que montre l’ouverture des nids 30 secondes après le déclenchement de l’attaque : le nid d’asiatiques est vide à 90%, presque tous les insectes s’étant transformés en guerrier à l’extérieur du nid. Ceux que vous trouvez encore à l’intérieur sont surtout en train de courir sur la face interne de l’enveloppe du nid, en direction de la sortie. Si 30 secondes après le début de l’attaque, je tranche violemment un nid d’européens avec le couteau d’apiculture, j’observe entre 30 et 50% de la population présente dans le nid, surtout concentrée entre les plateaux de larves !
C’est-à-dire qu’une quantité encore importante de frelons continue l’entretien des larves comme si de rien n’était ! La destruction d’un nid d’européens est nettement plus tranquille que la destruction d’une colonie d’asiatiques.
Lorsque vous dénichez un nid sous les tuiles d’un toit, l’européen vole beaucoup autour de vous, par comparaison avec l’asiatique qui vole peu et toujours très près de vous, et qui renouvelle de nombreuses fois ses attaques sur votre combinaison. Quand il se pose, il pique « à répétition », soit au même endroit, soit en courant sur le tissu. Il pique beaucoup plus profondément que le frelon européen qui pique sans trop insister.
Il transperce les combinaisons les plus résistantes, et la seule bonne protection est l’épaisseur du vêtement. La mesure des dards ne montre pourtant pas de différence entre le Vespa Crabo et le Vespa Velutina. Mais dans la pratique il faut considérer que la velutina peut percer jusqu’à 1 cm de vêtement, car il pique parfois en même temps qu’il cogne à grande vitesse. Il m’est arrivé plusieurs fois, dans des attaques exceptionnelles, de ressentir une véritable grêle au travers de mes épaisseurs de vêtements. De nombreux pompiers et désinsectiseurs se sont faits piquer parce qu’ils se protégeait comme s’il s’agissait d’européens. Les premiers à avoir expérimenté douloureusement cette différence sont les pompiers du Lot et Garonne en 2005, mais depuis l’expérience s’est largement généralisée !
Autre désagrément : l’éjection possible de venin sur le visage, au travers de la moustiquaire. Le frelon ne possède aucun organe permettant l’éjection, mais lorsqu’il cherche à piquer, il incurve le bout de son abdomen qui passe alors dans une maille de la moustiquaire. Lorsqu’il rentre ensuite le dard, l’abdomen gonfle et se trouve coincé dans la maille de la moustiquaire. Si la compression s’effectue sur les glandes à venin, c’est une giclée minuscule, mais combien douloureuse ! Un pompier a été photographié avec des brûlures superficielles ; une gouttelette qui est passée sur le coté de mes lunettes m’a fait pleuré abondamment pendant 3 heures, et j’ai vu complètement trouble pendant 8 heures. Je ne crois pas que ce soit jamais arrivé avec l’européen.
Plus puissant et plus résistant :
Son vol est puissant, et le jet des bombes désinsectisantes de longue portée le fait moins dévier que l’européen. Surtout il est très résistant aux produits qui sont pourtant foudroyants pour tout autre insecte. Evitez les produits qui ne contiennent que des pyréthrinoïdes, et assurez-vous qu’ils contiennent également des organophosphorés.
Sa résistance n’est pas que chimique, elle est également mécanique. Mais sur la résistance mécanique, je n’ai pas d’élément de comparaison avec l’européen qui possède peut-être les mêmes caractéristiques ; en effet, certains insectes ont la propriété de se remettre des froissements de patte et d’aile.
Le plus bel exemple nous fut donné lors d’une de mes interventions en présence de plusieurs apiculteurs. Ces derniers étaient venus en spectateurs, sans combinaison, et ils attendaient sagement dans leur voiture la fin de mon intervention. Après la destruction du nid, je voulais m’assurer de la mort certaine des quelques frelons éparpillés sur le sol. Je repassais rapidement avec une bombe, pour les aspergez parfois individuellement, et pour les écraser en les faisant rouler sous mes semelles, après quoi les apiculteurs m’ont rejoint. Nous discutions depuis 5 minutes autour d’un frelon ainsi écrasé, et qui était au centre d’une tache de désinsectisant qui mouillait littéralement le goudron. Le frelon s’est remis par de tout petits mouvements, puis soudain il est reparti voler dans la lumière d’un lampadaire ; nous avons regardé stupéfaits autour de nous, et plusieurs repartaient ainsi.
Ma bombe ne contenait pas de molécules organophosphorées. Quant à l’écrasement mécanique du frelon, d’autres témoignages me sont parvenus par la suite, m’expliquant qu’il fallait entendre l’écrasement de la carapace chitineuse du thorax, pour être certain que le frelon ne repartira pas.
De nombreuses récidives :
La comparaison ne s’arrête pas là. Lorsque vous détruisez un nid de frelons européens, tout désinsectiseur sait que les insectes qui étaient absents ou qui se sont échappés du nid lors de la destruction, sont condamnés. Incapable de se réorganiser s’ils n’ont plus ni reine, ni larves à nourrir, ils finissent par disparaître rapidement. Pour les asiatiques, nous sommes confrontés à un risque élevé de récidive : quelques insectes sont parfois capables de recommencer à bâtir un nouveau nid… ce qui n’est pas pour satisfaire le client ! Même en prenant le maximum de précautions, en intervenant la nuit et sans perdre un seul frelon de ceux qui sont dans le nid, les ouvrières qui ne reviendront que le lendemain peuvent recommencer à bâtir et à pondre… des mâles uniquement, les œufs n’étant pas fécondés.
Des colonies qui restent agressives après destruction du nid
Ne pas se tromper de cible : ce n’est pas le nid qu’il faut détruire, mais la colonie. Il y a plusieurs cas où le nid a été complètement pulvérisé, mais à cause de la résistance mécanique des frelons, et de leur capacité de survie après destruction du nid, ils sont restés vivants, dispersés pendant 8 à 10 jours, et très nerveux vis-à-vis du moindre mouvement ; toute trace du nid avait pourtant été enlevée. C’est ainsi qu’une personne âgée s’est trouvée bloquée chez elle pendant plus d’une semaine ; ses petits enfants me téléphonaient de Paris pour me demander de remédier à la situation… A moins d’envisager la désinsectisation complète d’un terrain de 1000 m² avec un produit puissant, je ne connais pas d’autre solution que la capture de la colonie quand elle est rassemblée dans son nid !
En conclusion, la lutte contre l’asiatique est souvent plus dangereuse et plus difficile que la destruction des nids d’européens. Rappelons que le frelon européen participe utilement à l’équilibre de notre écosystème, et que l’on ne doit pas le détruire sans raison.
Divers méthodes de lutte ponctuelle :
Plusieurs façons de les attaquer ont été expérimentées par les apiculteurs et par des désinsectiseurs, avec « les moyens du bord ». Certaines recettes sont efficaces et sans grand danger, mais seulement pour les nids facilement accessibles. La meilleure est d’attendre le soir pour pulvériser l’intérieur du nid avec une bombe (formulation efficace contre l’asiatique). Vous pulvérisez durant quelques secondes, et vous bouchez immédiatement l’entrée du nid avec un chiffon.
Mais lorsque les nids sont plus hauts, ou qu’ils sont coincés dans la végétation au milieu d’une haie bien touffue, vous risquez de les exciter avant même d’avoir commencé la pulvérisation. Dans ce cas je conseille de poudrer le nid, et de le laisser quelques jours en place : les frelons qui reviennent après coup ne recommencent pas un nouveau nid, mais ils rentrent toujours dans le nid poudré, et ils meurent quelques temps après. On observe parfois des oiseaux qui viennent picorer dans le nid poudré, au bout de 8 à 10 jours d’après ce que j’ai observé et les témoignages de certains clients. Les oiseaux semblent surtout friands des larves qui sont restées dans les alvéoles du nid. Je conseille alors d’enlever le nid poudré au bout de 4 à 5 jours au maximum. En tout cas, un délai de 24 h. ne suffit pas : il y a eu des récidives sur des nids détruits 24h après poudrage. Cela signifie que des frelons s’absentent parfois longtemps, et que ceux qui reviennent après 24 h. sont encore suffisamment nombreux pour se réorganiser !
Madame Claire Villemant, entomologiste au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, et à qui j’ai rapporté de façon détaillée toutes mes observations, nous rappelle le respect de l’environnement, tant à propos du poudrage, que du piégeage. L’utilisation de pièges non sélectifs, surtout s’ils étaient installés massivement en zone urbaine par exemple, reviendrait à décimer des insectes qui nous sont utiles, voire protégés ou en voie de disparition.
Prudence avec le fusil !!!
Certains me demandent s’ils peuvent essayer… 2 problèmes se posent : le fusil risque de détruire seulement le nid, avec tous les dangers que cela comporte. Par ailleurs, l’utilisation des armes est très réglementée. Les autorisations ne portent que sur la période de chasse, avec un permis à jour. Si à la suite d’une destruction ratée quelqu’un se fait piquer et que vous n’êtes pas en règle, votre assurance de responsabilité civile ne vous couvrira pas. Un marcheur, un agriculteur, ou un gosse à vélo, passant 3 jours après, à proximité d’un nid mal désinsectisé, risque de se faire piquer.
Dans mon rapport, je détaille les conditions de quelques destructions réussies avec le fusil par des chasseurs ; mais cette technique mériterait d’être éprouvée un plus grand nombre de fois avant d’être considérée comme valable et sans danger ; et selon la législation une autorisation préfectorale est nécessaire pour des essais en dehors de la période de chasse.
Des moyens totalement disproportionnés.
Du côté des désinsectiseurs professionnels, il n’y a pas non plus de solutions adaptées, à cause de la hauteur de la plupart des nids. L’utilisation de nacelles pour monter en haut des arbres est à éviter : des tarifs exorbitants ont eu cours ces derniers mois en Gironde.
Je pense qu’il faut développer au maximum l’emploi de cannes télescopiques pour injecter une poudre désinsectisante. En combinant les échelles et la canne télescopique, on atteint parfois les 15 mètres. Encore faut il que la forme et la solidité de l’arbre permettent d’y appuyer une échelle ! Et puis une chose est d’atteindre un nid pour le poudrer avec une canne légère, une autre chose est de pouvoir faire tomber ce nid empoisonné : il faut alors une canne plus solide qu’une canne de poudrage. (Tous les lecteurs qui auraient des idées pour réaliser de telles cannes télescopiques, de 15 mètres à 30 mètres, sont invités à participer au forum Internet qui accompagne mon rapport, ou à me joindre exceptionnellement au 05.56.62.64.88 si l’idée est sérieuse.)
Notre lutte pour diminuer la population des frelons semble également disproportionnée devant le développement exponentiel des nids auquel on assiste depuis 3 ans. Cette multiplication des nids se fait surtout par les reines fondatrices qui hibernent. Chaque nid développe en fin de saison un nombre de futures reines qui n’est pas encore bien évalué. Il semble en tout cas qu’il n’y aurait pas d’essaimage en cours d’année, et que la multiplication se fait seulement par les reines qui traversent l’hiver. Dans la mesure où il n’y a pas multiplication exponentielle des nids durant la saison du frelon, cela nous encourage alors à continuer la lutte. Nos efforts ne seront pas inutiles pour diminuer l’impact du frelon sur l’année en cours, s’ils sont menés sur un grand nombre de nids, et pas seulement sur ceux qui inquiètent la sécurité civile. Ces mesures risquent d’être partiellement rattrapées par la multiplication des reines à l’automne, mais l’on peut espérer contenir ce fléau de notre écosystème.
La chasse aux fondatrices et aux nids primaires. Nécessité d’une large communication.
L’objectif qui mériterait davantage de communication par voie de presse ou sur les ondes, c’est d’alerter la vigilance de tous les citoyens pour dénicher les fondatrices qui sortent à la fin de l’hiver. Elles sont vulnérables, et on les trouve en mars qui rampent vers les flaques d’eau. Elles hibernent sous les souches ou les tas de bois, mais parfois aussi dans la laine de verre des greniers, où il n’est pas envisageable de les déloger. Elles ont également besoin de se nourrir et c’est là qu’un piégeage judicieux est à développer. On peut encore surveiller jusqu’au mois de juin les avant-toits et tout ce qui peut leur offrir l’abri de leur nid primaire. On désigne ainsi le premier nid que fabrique la jeune reine, et il est souvent à des hauteurs très accessibles, du sol jusqu’à 6m, sur les maisons, sous des linteaux de fenêtre, etc. Les nids que nous voyons très haut dans les arbres sont les nids secondaires, qui sont bâtis le plus souvent en juin et juillet, lorsque la colonie devient importante.
Le recensement des nids et la sensibilisation des populations, grâces aux écoles primaires :
Un aspect d’importance dans la lutte est le recensement des nids en vue de leur destruction. Beaucoup de nids ne sont découverts qu’à la chute des feuilles. Mais nous pouvons développer de façon exponentielle (nous aussi !) nos moyens d’observation : les enfants sont bien plus observateurs que nous. Plusieurs apiculteurs retraités ont pris l’habitude d’expliquer leur métier dans les écoles primaires. Les enfants sont extrêmement réceptifs et intéressés, ils en ressortent sensibilisés contre le frelon, et ils rapportent le message dans leur famille mieux qu’une émission de télé. Par ailleurs vous diminuez le risque d’accidents liés à la présence du frelon, car j’ai vu plusieurs fois à proximité des établissements scolaires des jeunes qui tiraient des cailloux sur des nids !
Cet article est donc le condensé d’un rapport que j’ai rédigé pour mettre mes observations et réflexions au service des apiculteurs, des scientifiques et des pouvoirs publics qui désirent se
pencher sur le problème. Dans ce rapport je vous invite tous à unir nos efforts d’observation, de communication et de lutte, et à proposer des expériences pour favoriser la survie de l’abeille
face au frelon. Certaines observations nous laissent quelques espoirs, qu’il nous faut vérifier. L’adresse Internet du rapport et du forum est : http://didierbontemps99.neuf.fr (ancienne
adresse) ou mieux :
http://didierbontemsp.ifrance.com
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